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Greg Keyes – Les Royaumes d’Epines et d’Os
Et oui, un livre de Fantasy, comme c’est original… mais au delà d’un cadre banal voilà un ouvrage qui mérite largement une note sur ce blog.
Nombre de bouquins lus ne sont pas évoqués sur ces posts; je préfère prosélyte »r » autour des extrêmes; de la daube titanesque au génie irrévocable les échélons sont nombreux… mais donner du volume à des bouquins moyens; corrects, lisibles, … pff un effort qui perd son sens sur la toile où après cinq lignes le lecteur lambda décroche. Voilà d’ailleurs cinq lignes de disgression… passons au sujet principal, notre Greg Keyes et son Royaume épineux.
Le Pitch
Un contexte classique; du médiaval fantastique caricatural : un trapeur en symbiose avec la forêt; des chevaliers à l’honneur débile ou honni; des créatures mythologiques (Basilnixe, Griffon, …), des magiciens aux pouvoirs colossaux..
L’histoire, un empire est terrassé pas l’assassinat de ses réprésentants: empereur et descendance. Comme protagonistes, la seule descendante vivante; le royaume concurrent (Hansa), l’Eglise et certains groupes opportunistes.
Anne, seule survivante pourchassée, se lie à quelques alliés et subit de nombreuses trahisons. Gravitent autour d’elle des créatures surnaturelles: le Roi de Bruyère (dieu de la forêt), le dernier Skalsoi (ancienne race dominante), les féalités, … et des braves aux talents diverses : un compositeur de géni, un chevalier à l’honneur enfantin, un maître de l’escrime à l’égo surdimesionné, … et de nombreux autres.
Anne doit s’opposer à la dispartion du royaume de son père et appréhender petit à petit les pouvoirs redoutables dont elle a hérité.

A lire
Le décor de cette série de quatre tomes est très travaillé. Par exemple Greg Keyes a modifié de nombreux mots de vocabulaire pour personnaliser son monde : geos, estronc, safonie, … (et de nombreux oubliés au cours de la lecture) pour respectivement mission divine, juron, safoni (de mémoire) comme symphonie.. Ces mots décalés sont forts nombreux, en dehors des inventions propres au récit : skalskoi, sedos, vaer, sefry, … autant d’éléments typiques au monde de Keyes et naturellement intégrés à l’histoire. A contrario et curieusement, Keyes s’est inspiré basiquement pour les habitants du nord de souches germaniques et pour ceux du sud d’origines latines (à tous niveaux : paysages, noms, aliments et boissons, …).
Au niveau du rythme de lecture, l’approche de Keyes reste originale. Chaque chapitre suit un personnage distinct (autour de cinq en moyenne). Sa structure narrative est suffisamment bien ficelée pour donner au lecteur l’envie d’attendre le prochain passage de son héros. C’est d’ailleurs l’une des forces de ce livre: cette envie irresistible de tourner la page et connaître la suite. Je dirai même que c’est tout à fait redoutable.
L’approche de la musique est particulièrement bien pensée. Les descriptions de Keyes racontent une histoire… Il ne s’agit pas de décrire seulement le ressenti : émotion vive et chaire de poule.. mais aussi de décrire les symphonies: un homme se lève; embrasse sa femme et part au travail.. la musique raconte quelque chose; cette approche est très fine, particulière parlante; gros plus athypique pour moi.
A sa manière, autre point bien mené, la magie des protagonistes. Au fil des quatre tomes, le pouvoir part de la simple émergence d’une lumière dans une cave profonde à la capacité omnisciente de détruire le monde. Il est vrai que l’accélération est exponentielle, résultat dans les dernières trente pages du quatrième livre plusieurs acteurs ont un pouvoir quasi divin; mais bon, c’est le jeu de la trame qui, malgré un découpage par héros, reste relativement linéaire.
La psychologie des personnages reste par contre, à mon avis, un peu légère. Si le verdier (Aspar le trappeur), Hespéro (patron de l’Eglise) et Léoff (le compositeur) sont relativement épais; je trouve les autres personnages à la limite du caricatural. Anne, personnage principal, ne déroge pas à la règle. Enfant capricieuse et égocentrique n’est ni sympathique ni assez finaude pour justifier son accesion au pouvoir absolu. De même, Cazio, virtuose de la rapière, ne commence à devenir intelligent qu’au cours du dernier tome.. Etrange et peu réaliste. Son maître z’Accato, moins présent est plus profond; plus réel pour le lecteur.
L’un des protagonistes est féru d’histoire et de mythologie. Son rôle, secondaire dans les trois premiers tomes puis capital dans le dernier est central pour le lecteur. Il est un puit de savoir et d’information (voir d’humour). Attention malgré tout à ne pas perdre le fil; certaines descriptions historiques risquent de plaire aux amoureux du Trône de Fer et ses douze mille cinq cents personnages.
Au final un excellent moment à lire cette série. Il faut lire les premiers chapitres pour appréhender l’histoire de chaque personnage; ensuite le tour est joué et le lecteur ne peut être qu’emporté. A lire sans aucun doute, beaucoup de qualités et une efficacité à rendre les nuits blanches peu exceptionnelles.
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